Interview de João Rodrigues, nouveau champion du monde sénior 2025 en Raceboard. João n’est pas arrivé à ce niveau de performance par hasard pour ceux qui ne le connaitraient pas. Performance de très haut niveau et un modèle par son fairplay irréprochable, c’est un plaisir que de pouvoir revenir avec lui sur ce championnat à Mandelieu.
João champion du monde 2025 ! Que ressent-on quand on se rend compte que ça y est, le titre est gagné ?
C’est toujours très agréable de remporter un championnat du monde. Surtout quand cela arrive après une semaine intense de régates, avec des vents variants entre 5 et près de 30 nœuds, mais surtout entre des amis de longue date !
Tu as dominé le début de championnat en gagnant toutes les manches sur le premier jour montrant que tu étais parfaitement préparé mais que tu avais aussi un gros mental pour passer au pumping Curro, Borja et Jorge sur un dernier bord. Comment as-tu vécu mentalement ce moment d’anthologie où il fallait être très fort pour ne pas lâcher ?
https://www.facebook.com/fred.becquart/videos/813424651537755?idorvanity=467412366747504
Oui, le premier jour a été en effet très intéressant. Je dois dire que j’adore ce type de conditions, vent de terre, très instable, avec des zones de pression entrecoupées d’autres presque sans vent. Depuis mon plus jeune âge, je m’entraîne dans un endroit ici sur l’île de Madère avec des conditions similaires, j’ai donc des mécanismes déjà automatiques d’observation constante et d’adaptation aux variations. D’autre part, à ce moment précis, il est juste de dire que j’avais un avantage sur mes amis, notamment parce que je suis plus léger, ce qui aide énormément dans ces situations critiques de vents marginaux.
Le vendredi tu as dû batailler en particulier avec un Nicolas Huguet au top sur les 4 manches courues avec du matériel assez différent. Comment expliques-tu malgré tout des différences faibles en vitesse avec pourtant du matériel assez différent (planches et voiles).
Oui, Nicolas a été vraiment très bon et très fort ce jour-là, particulièrement venteux, avec des rafales avoisinant les 30 nœuds. J’avoue que ce fut une surprise de voir à quel point il était performant avec cette voile, qui n’avait pourtant pas été conçue pour le raceboard, mais qui s’est révélée parfaitement adaptée à ces conditions particulières. J’ai d’ailleurs une certaine curiosité à savoir jusqu’à quel point, avec un vent plus faible, cet équipement garderait le même rendement. Quoi qu’il en soit, ce n’était pas seulement une question de matériel. Nicolas a toujours été un navigateur extraordinaire, toujours très rapide, et il a montré qu’il était physiquement solide pour supporter ces quatre manches. Moi, lors de la dernière course de la journée, j’étais déjà très fatigué. Donc félicitations à lui — c’était un vrai plaisir de le revoir en tête des régates, et je suis sûr que cela l’aura motivé à se consacrer un peu plus à cette classe. J’espère avoir bientôt le privilège de régater à nouveau avec lui !
On voit cette année une évolution dans le matériel du top ten et qui change les bases sur la façon de naviguer avec la nouvelle exocet où le pied de mat peut être très reculé upwind, même dans le lightwind, et avec des voiles avec des longueurs de wishbone plus courts . C’est l’inverse de ce qui se pratiquait historiquement. Qu’est ce qui a motivé ces changements ? Est une vraie rupture ?
Les mérites des modifications apportées aux voiles LoftSails reviennent entièrement à Monty Spindler, qui n’a cessé de travailler sans relâche pour améliorer ces voiles magnifiques. Pour ma part, j’ai la partie la plus amusante : les tester, donner quelques retours et régater avec elles. Un vrai privilège ! Quant à l’Exocet, c’est la planche au près la plus confortable que j’aie jamais utilisée. Conçue par Marcos Ruesch et désormais perfectionnée, elle est tout simplement incroyable au près, tout en restant aussi compétitive que n’importe quelle autre aux allures portantes. Il est vrai que la position du pied de mât peut être nettement plus reculée, ce qui permet de dégager la proue de l’eau et de franchir les vagues plus facilement. Les voiles y contribuent aussi, grâce à des wishbones plus courts qui nous permettent d’avancer le centre de poussée tout en reculant le pied de mât. Je ne parlerais pas de rupture, car lors du premier et du dernier jour, j’ai seulement reculé le chariot d’un cran par rapport à la limite maximale — c’est plutôt une évolution naturelle.
Ignacio FERNANDEZ, Alejandro RIVERA, Jorge MACIEL ANDRES, Patrik POLLAK, João RODRIGUES, Louis MORRIS, Monty SPINDLER, Curro MANCHON,Borja CARRACEDO SERRA
Sinon, tu as toujours le sourire. Peut-on parfois te voir en colère ?
Bien sûr, tout être humain porte en lui la capacité de se mettre en colère. Mais au fil des années, j’ai appris à observer ce sentiment et, d’une certaine manière, à ne pas le laisser se développer au point de l’exprimer. Cela ne veut pas dire que j’y parvienne toujours… mais lorsque j’échoue, je recommence, et j’essaie de faire mieux.
Prêt à défendre ton titre à Blanes en 2026 ?
J’adorerais aller à Blanes ! J’y ai disputé un Championnat du Monde de raceboard en 2018, et j’aime beaucoup cet endroit. Mais ce n’est que dans un an ! Pour l’instant, je suis plus concentré sur le Championnat d’Europe, qui aura lieu à Monsaraz — un lieu absolument magnifique où j’ai déjà navigué cette année. Je crois que ce sera un événement mémorable !
Veux-tu ajouter des choses ?
Merci pour l’accueil si chaleureux que nous avons reçu à Mandelieu-la Napoule ! Nous en gardons des souvenirs pour la vie !
Bravo João pour ta formidable performance qui nous a tous impressionné.